Auteurs contemporains

Discours critique sur les œuvres de littérature contemporaine

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Le mangeur

Ying Chen - Montréal, Boréal, 2006, 140 pages.

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« Ying Chen poursuit ici le cycle entrepris avec l’Ingratitude et nous offre un splendide roman de la pérennité des origines, de la mémoire qui ne veut pas mourir. Si, dans l’Ingratitude, Ying Chen se penchait sur la figure maternelle, c’est le père ici qui est au centre du Mangeur, où une jeune femme hésite entre les bras de son ami, l’homme qui pourrait peut-être l’arracher à son père, et le ventre de celui-ci, toujours avide de chair fraîche.

“Cependant, au moment où je fus brusquement soulevée et vite transportée jusque dans la gorge de mon père, en regardant sans tristesse ni frayeur l’intérieur de mon père où bougeaient les veines et la chair rouge, je ne pus m’empêcher d’éprouver un dégoût envers cette bourdonnante vie interne que mon père considérait comme l’essence de la peinture. Je ressentis un bref regret du rendez-vous manqué, me reprochai de ne pas aimer assez mon ami, de manquer de courage pour me lancer dans un avenir qui m’était maintenant à jamais fermé, suspendu dans l’air frais du dehors, loin de toute vibration corporelle — mon ami et moi nous n’avions pas encore eu de contact physique. Je glissai la tête en bas dans un des tubes paternels, au bout duquel je serai, selon mon père, doucement dissoute et assimilée. Au cours de ma descente vers l’intérieur d’un corps si vibrant et si vrai, que je n’avais pas pu imaginer, devant cette révélation, je commençai à me blâmer de la sécheresse de mon corps et de mon esprit du temps où je vivais encore. J’attribuais cela à un excès d’amour propre, à la plus grande avarice qui consistait à ne pas donner l’amour, à ne pas se donner à un autre. Supposons que mon ami arrivait à temps et commençait sans tarder à me sauver, à ouvrir le ventre de mon père, en ce moment affaibli par le volume du repas, ressemblant à une femme enceinte, que pourrait-il bien se passer ? Serais-je vraiment capable d’en sortir intacte et de vivre désormais tel un nouveau-né, loin de mon père, sans mémoire ?” »

Présentation des Éditions du Boréal

Le mangeur sur Orion Qc

Documentation critique

LORRE, Christine, « Qui dit “je” dans Le Mangeur de Ying Chen ? Une Lecture entre psychanalyse et pensée chinoise. », Nouvelles Études Francophones, vol. 24, n° 1 (2009), p. 19-30. +++ Article de revue

### Résumé :

« Le Mangeur (2006) est un roman qui intrigue: celle qui y dit “je” est un être de dualité, pris entre rêve et réalité, et s’exprime dans un langage de l’obliquité, fondé sur une symbolique diététique et cannibalesque qui appelle à interprétation. Le texte invite, d’une part, à une lecture psychanalytique qui toutefois ne le saisit pas entièrement. D’autre part, il laisse deviner un imaginaire chinois, à peine discernable et comme en partie métamorphosé. Il s’agit ici de poursuivre et faire dialoguer ces deux lectures, en s’appuyant pour l’une sur les concepts d’introjection et d’incorporation développés par Nicolas Abraham et Maria Torok, et pour l’autre sur l’œuvre du sinologue et philosophe François Jullien. Mises en relation, ces deux approches révèlent un sujet à la croisée de deux imaginaires, en lutte contre deux variantes de l’autorité patriarcale. Le texte apparaît alors comme une forme de renouvellement de l’écriture puisant largement dans la tradition chinoise. »

LORRE, 2009, PDF ###

FORTIER, Frances, « Fiction, diction, et autres enchantements narratifs », dans Voix et Images, vol. 31, n˚3 (2006), p.134-139. +++ Article de revue

### Résumé :

« Picaresque ou minimaliste, arrimée au souvenir individuel ou à l’histoire du monde, retranchée derrière une narration impassible ou traversée de multiples discours, la fiction contemporaine, lorsqu’elle s’énonce à la première personne, sait déjouer les pièges autobiographiques. Aucune fascination narcissique ne nourrit le « je » romanesque, délibérément fictif ou carrément anonyme, à l’origine des trois récits de mémoire rapprochés ici précisément parce qu’ils illustrent divers rapports au réel. Le premier, en toute fantaisie assumée, réinvente le dire biographique ; le second, par le biais d’une fabulation métaphorique, transpose la souffrance psychologique ; en contrepoint, le troisième envisage la réalité à travers le prisme des atrocités humaines, d’Hiroshima à Bagdad. Réécriture du réel pris en charge par l’imaginaire, ces trois romans présentent en outre des dynamiques formelles inédites, auxquelles il convient de s’attarder. »

(Introduction de l’article)

(Voir plus précisément les pages 136 et 137.)

FORTIER, 2006, PDF ###

HASTINGS, Valérie, « Je mange donc je suis : le dédoublement du “je” dans Le Mangeur de Ying Chen », dans Adrienne ANGELO et Erika FÜLÖP (dir.), Protean Selves : First-Person Voices in Twenty-First-Century French and Francophone Narratives, Newcastle upon Tyne (Royaume-Uni), Cambridge Scholars Publishing, 2014, p.180-191. +++ Chapitre de collectif

JOUËT-PASTRÉ, Danielle, « Récits de filiation : étude de trois perspectives dans la littérature québécoise contemporaine », thèse de doctorat, Department of Languages, Literatures and Cultures, University at Albany - State University of New York, 2011, 190 f. +++ Thèse de doctorat / mémoire de maîtrise

### Résumé :

« La littérature québécoise se transforme de manière significative entre les années 1960-80 avec la présence d’écrivains de souche étrangère, ce qui élargit considérablement la thématique, le style et les horizons culturels d’une littérature autrefois monoculturelle.

Écrivains emblématiques de la littérature migrante des années 1980, Ying Chen et Sergio Kokis ont, de prime abord, apporté des éléments thématiques et esthétiques de l’Asie et de l’Amérique latine au discours littéraire québécois. Cependant, maintenant qu’ils jouissent d’une place à l’intérieur de l’établissement littéraire québécois, le pluriculturalisme et le souvenir du pays quitté ne sont plus aussi importants dans leurs écrits. Ces écrivains participent à une tendance dans les littératures francophones contemporaines ayant produit récemment des « récits de filiations ».

Cette étude propose de décrire, analyser et expliquer Le Mangeur de Ying Chen, Le Fou de Bosch de Sergio Kokis et Châteaux en Espagne de Naïm Kattan. Elle met en valeur les caractéristiques principales des récits de filiation, la richesse esthétique et les points de vue par rapport à la connaissance des origines d’écrivains qui ont souvent été considérés, surtout Chen et Kokis, comme étant très distincts l’un de l’autre.»

(Voir plus précisément le chapitre II: « Le poids de l’origine : Le mangeur de chez Ying Chen », p.43 à 87.)

La version PDF de la thèse est disponible pour les membres de communautés universitaires qui ont un abonnement institutionnel auprès de UMI-Proquest. ###

LAMBERT-PERREAULT, Marie-Christine, « Rhétorique culinaire dans Le mangeur de Ying Chen », dans Rosalind SILVESTER et Guillaume THOUROUDE (dir.), Traits chinois / Lignes francophones, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2012, p.176-192. +++ Chapitre de collectif



Le mangeur (oeuvre)
TitreLe mangeur
AuteurYing Chen
Parution2006
Trimangeur
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