Auteurs contemporains

Discours critique sur les œuvres de littérature contemporaine

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Ravel

Jean Echenoz, Ravel, Paris, Éditions de Minuit, 2006, 128 p.

« Ravel fut grand comme un jockey, donc comme Faulkner. Son corps était si léger qu’en 1914, désireux de s’engager, il tenta de persuader les autorités militaires qu’un pareil poids serait justement idéal pour l’aviation. Cette incorporation lui fut refusée, d’ailleurs on l’exempta de toute obligation mais, comme il insistait, on l’affecta sans rire à la conduite des poids lourds. C’est ainsi qu’on put voir un jour, descendant les Champs-Elysées, un énorme camion militaire contenant une petite forme en capote bleue trop grande agrippée tant bien que mal à un volant trop gros.
J.E. »

Ce roman retrace les dix dernières années de la vie du compositeur français Maurice Ravel (1875-1937). »

(Extrait du site de l’éditeur)

Documentation critique

SCHOENTJES, Pierre, « Jean Echenoz: du réel au romanesque et retour », dans Silhouettes de l’ironie, Genève, Droz (Romanica Gandensia), 2007, p. 209-223. +++ Monographie

LANGEVIN, Francis, « Enjeux et tensions lectorales de la narration hétérodiégétique dans le roman contemporain », thèse de doctorat, département des lettres et humanités, Université du Québec à Rimouski (en association avec l’Université Charles-De-Gaulle, Lille 3), 2008, 337 f. +++ Thèse de doctorat / mémoire de maîtrise

###Résumé
« Le narrateur hétérodiégétique est celui qui ne raconte pas à la première personne, qui ne dit pas Je. Lorsque cette manière de raconter devient problématique ou spectaculaire, les théories littéraires ont du mal à décrire ce qui se joue quand à première vue personne ne raconte, personne n’organise le texte, personne n’organise la fiction, personne n’organise les idées.

A partir d’un corpus de romans parus depuis 1990 en France et au Québec, notre recherche s’est concentrée à repérer et décrire différentes incongruités de la narration hétérodiégétique.

Trois problèmes ont retenu notre attention : (1) L’ effacement des hiérarchies entre les récits. (2) Le brouillage des frontières entre le récit au Je et le récit à la troisième personne. (3) La surdétermination des rôles de narrateur hétérodiégétique.

Ces problématisations - effacement, brouillage et surcodage - déplacent l’intérêt du lecteur des aléas de l’anecdote, et le conduisent vers des “intrigues de la forme”. La lecture devient enquête, et ce qui paraissait incongru dans ces manières de raconter permet au contraire d’éclairer la fiction. La lecture construit, pour elle-même, sa propre petite fiction autour de ce qui fait mystère dans la narration : Qui parle, qui raconte, qui organise la fiction ?

L’ effacement des cadres du récit oblige lecteur des romans L’Immaculée conception (G. Soucy, 1994), Hier (N. Brossard, 2001) et Nikolski (N. Dickner, 2005) construire pour lui-même une fiction intermédiaire qui rende signifiante une telle hétérogénéité–précisément parce que la structure narrative n’explicite pas les motivations de son organisation. Dès lors, l’intrigue devient une recherche d’un contexte où ces voix (re)trouveraient un cadre, une organisation, une hiérarchie.

Les romans Nous trois (J. Echenoz, 1992), En douceur (J.-M. Laclavetine, 1992) et Alto Solo (A. Volodine, 1991) brouillent les frontières entre les récits de première et de troisième personne. Pour résoudre ce brouillage, la lecture cherche à attribuer une origine à ces voix, et elle peut le faire en repérant dans la fiction des figures de narrateur dont le récit formerait une péripétie.

Les narrateurs de Sissy, c’est moi (P. Lapeyre, 1998), Tendre Julie (M. Rozenfarb, 1992) et Ravel (J. Echenoz, 2006) adoptent des postures très visibles : le travail du narrateur y est surdéterminé, ce qui crée une intrigue liée cette fois au repérage ludique des codes génériques et narratologiques qui apparaissent alors franchement détournés, voire parodiés.

En l’absence de l’Auteur - qui donne en sous-traitance une histoire à raconter - , le lecteur cherche une autre instance susceptible d’expliquer et de rendre pertinente cette apparente désincarnation. Pour appuyer sa compréhension de la forme, la lecture voudra résoudre les incongruités qui se présentent à elle, en ébauchant les contours d’un sujet fuyant : un sujet discursif (qui parle à qui et dans quel contexte ?), un sujet figural (qui, dans la fiction, pourrait bien raconter ?) et un sujet narratif (qui a bien pu organiser cette histoire ?). »

La version PDF de la thèse est disponible pour les membres de communautés universitaires qui ont un abonnement institutionnel auprès de UMI - Proquest.###

JERUSALEM, Christine, « Les boîtes à musique de Jean Echenoz ou le bruit du monde d’aujourd’hui », dans Aude LOCATELLI et Yves LANDEROUIN (dir.), Musique et roman, Paris, éditions Le Manuscrit (L’Esprit des lettres), 2008, p. 291-302. +++ Chapitre de collectif

###« La musique classique occupe [une] fonction métatextuelle [dans les dernières oeuvres de Echenoz]. C’est cette dimension que je me propose d’explorer, en me limitant, pour les besoins de la démonstration, à la seule étude de Ravel parce qu’elle a, me semble-t-il, une valeur probatoire. Je chercherai notamment à montrer comment se construit, en obliques, à travers la vie et l’oeuvre de Ravel, non pas un autoportrait de Jean Echenoz mais une réflexion sur la figure de l’artiste moderne. Qu’est-ce donc que la modernité, un siècle après son acte de naissance ? Non pas ce qu’en dit Philippe Muray dans son dictionnaire intime, mais, sur le mode non-péremptoire qu’adopte Jean Echenoz, une complexe interrogation sur le bruit du monde d’aujourd’hui. » ###

BONADEI, Enrico, « Ravel di Jean Echenoz : Tutta la tristezza del Boléro », Studi Francesi, vol.53, n° 3 (2009), p. 585-593. +++ Article de revue

LANGEVIN, Francis, « La connivence construite par le discours de l’évidence. Attitude du narrateur et vraisemblance chez Patrick Lapeyre et Jean Echenoz », temps zéro, nº 2 (octobre 2009) [en ligne]. +++ Article de revue

### Résumé
Deux romans à la facture bien différente partagent une même tonalité, ou, dirait-on moins nébuleusement, une même attitude narratoriale : la connivence qui s’établit au partage de l’évidence, une évidence qui utilise les protocoles rhétoriques d’établissement de la vraisemblance dans le roman biographique et la biographie. Les narrateurs de chacun des deux romans à l’étude – Sissy, c’est moi (Patrick Lapeyre, 1998) et Ravel (Jean Echenoz, 2006) – portent les traces d’une adhésion présupposée du narrataire à un espace partagé, gouverné par la connivence et la bonne entente. Invitation au partage des valeurs du monde qui représente plutôt que du monde représenté ; invitation au partage d’une position dans le discours, ces narrations de la dérision et du dérisoire dépeignent davantage un narrateur qu’un personnage.

Abstract
This article presents a close reading of two contemporary French novels which, although quite different in construction, share a similar tonality and an analogous attitude on the part of their narrators : a complicity which is established by the sharing of what is obvious, an obviousness that uses rhetorical protocols of the establishment of verisimilitude in the biographical novel and in biography. The narrators of each of the two novels examined here – Sissy, c’est moi (Patrick Lapeyre, 1998) and Ravel (Jean Echenoz, 2006), bear the traces of a presupposed adhesion of the narratee to a shared space, governed by complicity and harmony. As invitations to share the values of a world that represents, rather than the values of a represented world, as invitations to share a discursive position, these narrations of derision and of the derisory depict a narrator more than a character.

Langevin, 2009, HTML ###

GAME, Jérôme, « In & out, ou comment sortir du livre pour mieux y retourner — et réciproquement », Littérature, n°160 (2010), p. 44-53. +++ Article de revue

### Résumé
En s’entremettant avec d’autres pratiques (performance, photographie, vidéo, musique, danse), la littérature ne fait pas que déborder le livre, mais ramène en elle-même ce qu’elle a pu découvrir au-dehors. Si la dilution générique que cela entraîne est plus immédiatement perceptible dans la poésie, les mouvements internes au roman en font également bouger les frontières. Un cas notable : l’écriture s’appropriant les techniques cinématographiques, ainsi d’Echenoz dans Ravel ou Jérôme Game dans Flip-Book.

Abstract
« In & Out, or How To Leave Books to Better Return to Them, and Reciprocally » In interacting with other practices (performance, photography, video, music, dance), literature not only moves beyond, out of print and books, but brings back into itself what it might have discovered out there. If the generic mix thus created is more obvious in poetry, movements affecting the novel are also shifting lines. A case in point: cinematic writing, as in Echenoz’ Ravel, or Jerôme Game’s Flip-Book.

Game, 2010, PDF ###

CERQUIGNILI, Blanche, « Quand la vie est un roman. Les biographies romanesques », Le Débat, n° 165 (2011), p. 146-157. +++ Article de revue

### Cerquignili, 2011, PDF###



Ravel (oeuvre)
TitreRavel
AuteurJean Echenoz
Parution2006
TriRavel
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