Auteurs contemporains

Discours critique sur les œuvres de littérature contemporaine

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Un fantôme

un_fantome.jpg Éric Chevillard, Un fantôme, Paris, Éditions de Minuit, 1995, 160 p.

« Dans tout autre livre, Crab serait un personnage secondaire, le cadavre déjà froid autour duquel se développerait la passionnante intrigue policière, un homme de troupe, une silhouette au loin, la mule de Sancho Pança, un bruit de pas dans la nuit. On prêterait à peine attention à lui, méprisé par l’auteur et par les autres personnages, le lecteur même serait sans doute tenté de l’employer à tourner les pages. Crab est le héros unique de ce livre. Il se conduira comme tel jusqu’au bout, à la surprise générale. »
(Résumé des Éditions de Minuit)

Documentation critique

SENGES, Pierre, « 136 (Crab: incidente) », dans L’idiot et les hommes de paroles, Paris, Bayard (Archétypes), 2005, p. 213-216. +++ Monographie

###« Ce qui leur fait mériter le nom d’idiot […], c’est bel et bien leur solitude, leur étrangeté, leur bégaiement, et cette façon d’être l’intrus au sein des grandes communautés : et alors d’attirer les rires. Ils sont aussi timides par excès de prudence ; naïfs par excès de confiance ; dubitatifs parce qu’ils méditent lentement ; maladroits parce que leur virtuosité détonne. […] En somme, cet ouvrage est moins un catalogue d’ahuris que des retrouvailles avec les amis les plus chers que nous proposent tant de livres depuis que la fiction existe. » (Extrait de la quatrième de couverture)

Corpus retenu :

La nébuleuse du Crabe et Un fantôme###

BESSARD-BANQUY, Olivier, « Éric Chevillard. Un écrivain à découvrir », Le français dans le monde, n° 282 (juillet 1996), p. 47-50. +++ Article de revue

###« Dans l’oeuvre d’Éric Chevillard, la langue et le propos de l’écrivain prennent sans cesse la pensée par la main pour l’accompagner sur les chemins éclatants et drôles mais tortueux et farceurs de l’existence et de son étrange ambivalence » (p. 47). L’auteur le montre à partir du personnage de Crab, présent dans La nébuleuse du Crabe et dans Un fantôme.###

JOURDE, Pierre, « Crab ou la pêche au gros », dans Valérie-Angélique DESHOULIÈRES (dir.), Poétiques de l’indéterminé. Le caméléon au propre et au figuré, Clermont-Ferrand, Presses de l’Université Blaise Pascal (Littératures), 1998, p. 453-467. +++ Chapitre de collectif

###« Après La Nébuleuse du Crabe en 1993, Un fantôme d’Éric Chevillard, paru également aux éditions de Minuit en 1995, recueille des observations nouvelles, enrichit notre connaissance de ce rare spécimen zoologique. Les autres livres d’Éric Chevillard, plus narratifs, semblent une élaboration de la matière première que leur fournit la crabologie, une construction plus ou moins stable, à tout moment susceptible de se défaire pour en revenir au grouillement de Crab. […] Dans tous les ouvrages de Chevillard, l’unité romanesque est travaillée par les puissances de la fragmentation, la narration regrette la description, la syntaxe cherche à se condenser en formules. On se demande donc quel statut attribuer à ces deux recueils, quelle place exacte dans le travail et l’évolution esthétique de leur auteur. […] Agglomération de scories ou composition concertée, Crab nous fournit, dans l’espèce d’évidence nue avec laquelle il se présente, poussant à l’extrême des caractères moins nettement affirmés ailleurs, un instrument de lecture pour comprendre le reste de l’oeuvre. Partout, Chevillard paraît chercher à fabriquer l’animal improbable qui serait n’importe quoi d’autre. Demandons-nous pourquoi. Demandons-nous ce que vise un tel projet esthétique. » ###

MARCOTTE, Josée, « Marge suivi de Représentation d’un éclatement et éclatement de la représentation : déplacement de la logique narrative dans La nébuleuse du crabe et Un fantôme d’Éric Chevillard », mémoire de maîtrise, département des littératures, Université Laval, 2010, 248 f. +++ Thèse de doctorat / mémoire de maîtrise

###Résumé
La première partie de ce mémoire présente l’œuvre Marge, une vision du monde en réponse à l’histoire de Crab (d’Éric Chevillard). La deuxième partie offre un examen attentif de la poétique narrative des romans éclatés La nébuleuse du crabe et Un fantôme (le récit de Crab). Nous y observons, du point de vue de la lecture, comment s’élabore le sens dans de telles œuvres présentant un éclatement matériel et un éclatement de contenu. L’hypothèse maintenue est qu’en contexte polytextuel le roman recèle une narrativité potentielle et non effective (la réticulation), et qu’un projet esthétique vient structurer la co-présence des textes. Ce projet, la représentation de la folie, est assumé par le biais d’une figure, déplaçant ainsi la logique narrative traditionnelle vers une autorité d’ordre lectural et fictionnel. ###

HIPPOLYTE, Jean-Louis, « L’anti-biographe, ou les absences de Chevillard », dans Marc Dambre et Bruno Blanckeman (dir.), Romanciers minimalistes, 1979-2003, Paris, Sorbonne Nouvelle, 2012, p. 245-253. +++ Chapitre de collectif

### Porte aussi sur La nébuleuse du crabe ###

ASSELIN, Guillaume, « Entropologiques métamorphoses du sacré dans la littérature contemporaine », thèse en études littéraires, Université du Québec à Montréal, 2008, 312 f. +++ Thèse de doctorat / mémoire de maîtrise

### Résumé
« Le problème capital de la fin du siècle sera le problème religieux », déclarait André Malraux en 1955. Si l’on cite volontiers son mot selon lequel le XXle siècle verrait l’éclosion d’un phénomène spirituel majeur, on omet presque toujours la suite. L’écrivain avait pourtant bien pris soin de préciser que ce phénomène ne serait pas forcément la naissance d’une nouvelle religion. L’auteur de La métamorphose des dieux pressentait ainsi « qu’une renaissance religieuse se fonderait sur des données qui ne sont pas les nôtres » et que le problème spirituel se poserait probablement « sous une forme aussi différente que celle que nous connaissons que le christianisme le fut des religions antiques ». À observer ce que la spiritualité devient dans la littérature contemporaine, force est d’admettre qu’il avait vu juste. De Dieu, des dieux, ne reste plus qu’un « effet de trace » là où la croyance s’est pratiquement effacée de l’espace public et artistique. Ce sont ces « survivances » et leurs effets de spectralité qu’il s’agit ici d’interroger sur la base des œuvres d’André Malraux, de Louis-Ferdinand Céline, de Marcel Moreau, d’Antoine Volodine, de Juan Garcia, de Pascal Quignard, de Valère Novarina, d’Éric Chevillard et de Philippe Beck. Toutes ont en commun de prendre en charge cet héritage qui a modelé si profondément nos façons de penser, de percevoir, d’agir et de vivre en société, afin d’en extraire le suc et de mettre à jour ce qui avait été voilé sous le manteau des mythes et de leurs images : une énergie pure, à laquelle il s’agit dorénavant de donner corps par l’écriture, libre de toute servitude théologique. Ce qui paraît ainsi pour la première fois à la lumière de cet effacement est ce que les dieux et leur cortège mythologique n’auront jamais cessé d’occulter : la parole elle-même comme démiurgie et fonds abyssal des théogonies et des rêveries d’absolu, comme sous-bassement poïétique du sacré et de ses figures tutélaires. La méthode employée pour étudier ces vestiges du sacré, « l’entropologie », fait écho à une proposition de Claude Lévi-Strauss qui, dans Tristes tropiques, suggérait de fonder sous ce néologisme une science qui se chargerait d’étudier les processus et les lois préludant aux phénomènes, complexes, d’usure et d’entropie. À la religion qui, fuyant la multiplicité chaotique des phénomènes en dressant l’écran d’un arrière-monde, tend à oblitérer les forces cosmiques sous des formes vidées de toute potentialité, la littérature oppose une parole vive qui brise le carcan des formes instituées, afin de libérer et de recycler l’énergie qui y est fossilisée. Les métamorphoses du sacré que donnent à lire les œuvres soumises à l’analyse se traduisent ainsi par le passage d’une représentation traditionnelle, substantielle de l’espace, des corps et de la parole à des modalités de spatialisation, d’incarnation et de matérialisation éminemment paradoxales, spectrales. Ce sont ces nouvelles modalités qu’il s’agit ici d’étudier, en trois temps bien distincts (métamorphoses de l’espace, des corps et de la matière).

Le sixième chapitre, « Le corps zoospectral » (p. 205-222), porte sur l’oeuvre de Chevillard, plus particulièrement sur La nébuleuse du Crabe, Un fantôme et Du hérisson.

Asselin, 2008, PDF###



Un fantôme (oeuvre)
TitreUn fantôme
AuteurÉric Chevillard
Parution1995
TriUn fantôme
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