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Discours critique sur les œuvres de littérature contemporaine

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Vie de Joseph Roulin

vie_de_joseph_roulin.jpg Pierre Michon, Vie de Joseph Roulin, Lagrasse, Verdier, 1988, 72 p.

« Je voudrais faire des portraits qui un siècle plus tard aux gens d’alors apparussent comme des apparitions » écrivait Van Gogh il y a justement un siècle. Ces portraits, on peut douter qu’ils apparaissent aujourd’hui : comble de la valeur marchande, ils sont aussi peu visibles que les effigies des billets de banque. C’est que Van Gogh, qui accessoirement était peintre aussi, est une affaire en or. Dans cette affaire, il est bien au-delà de son œuvre maintenant, nulle part. J’ai voulu le voir en deçà de l’œuvre ; par les yeux de quelqu’un qui ignore ce qu’est une œuvre, si ce phénomène était encore possible à la fin du siècle dernier ; quelqu’un qui vivait dans un temps et dans un milieu où la mode n’était pas encore que tout le monde comprît la bonne peinture : ce facteur Roulin qui fut l’ami d’un Hollandais pauvre, peintre accessoirement, en Arles en 1888. Et bien sûr je n’y suis pas parvenu. Le mythe est beaucoup plus fort, il absorbe toute tentative de s’en distraire, l’attire dans son orbite et s’en nourrit, ajoutant quelques sous au capital de cette affaire en or, sempiternellement. Cet échec est peut-être réconfortant : il me permet de penser que le facteur Roulin se tient nécessairement devant qui l’évoque à la façon d’une apparition, comme le voulait celui qui le fit exister.
Pierre Michon»
(Quatrième de couverture)

Documentation critique

HARVEY, Virginie, « Sur fond de tableaux : une enquête picturale dans Vies minuscules et Vie de Joseph Roulin de Pierre Michon » , mémoire de maîtrise, département d’études littéraires, Université du Québec à Montréal, 2008, 126 f. +++ Thèse de doctorat / mémoire de maîtrise

### Résumé
La critique a souvent qualifié l’oeuvre de Pierre Michon d’« érudite », en raison de la richesse des références culturelles et historiques qui s’accumulent dans chacun de ses récits, qui se rapportent en effet abondamment aux différents legs de l’histoire pour s’élaborer: reliques familiales, documents patrimoniaux, photographies, peintures, textes littéraires, oeuvres critiques. De tous ces objets hérités, la peinture nous semble mériter une attention particulière. Parce qu’elle est présente par de multiples allusions dès son premier récit, qu’elle sera le sujet central de son deuxième avec le portrait de Joseph Roulin et qu’elle continuera de travailler son imaginaire avec des textes comme MaÎtres et serviteurs et Le Roi du bois, qui s’attachent tous deux à différentes figures de peintres, la peinture insiste chez Michon comme dans son oeuvre. Ce mémoire se propose de préciser les modalités de cette insistance par l’étude des liens que développe Michon entre tableau et écriture dans ses deux premières oeuvres, soit Vies minuscules (1984) et Vie de Joseph Roulin (1988). En confrontant tour à tour ces récits aux oeuvres picturales qu’ils convoquent, les usages multiples que fait Michon des tableaux seront mis au jour, en définissant plus avant cette pratique qui dynamise son écriture en ce qu’elle remet chaque fois en cause l’existence de liens univoques entre le langage et les objets du monde.

Harvey, 2008, PDF ###

ARNOULD, Elizabeth, « Portrait de l’artiste en facteur », dans Ivan FARRON et Karl KÜRTÖS (dir.), Pierre Michon entre pinacothèque et bibliothèque. Actes de la journée d’études organisée à l’Université de Zurich le 31 janvier 2002, New York / Berne, Peter Lang (Variations, vol. 4), 2003, p. 97-122. +++ Chapitre de collectif

###Extrait
« Pierre Michon participe donc à cette nécessaire et constante réactualisation critique. Mais il y ajoute — peut-être faudrait-il dire davantage qu’il y soustrait — quelque chose. Car la Vie de Joseph Roulinne se contente pas de contribuer à la série déjà longue des études ou biographies de l’oeuvre de Van Gogh. Elle refuse de participer au projet général de leur herméneutique puisqu’elle préfère la fiction d’un portrait aux ressources de l’essai ; puisqu’enfin ce portrait qu’elle fait de l’artiste n’est nullement celui de Vincent mais celui d’un facteur de ses amis : “ignorant de ce qu’est une oeuvre”. » ###

CHABOT, Jacques, « Vie de Joseph Roulin : une “vie minuscule” », dans Agnès CASTIGLIONE (dir.), Pierre Michon, l’écriture absolue. Actes du 1er colloque international Pierre Michon, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2002, p. 23-37. +++ Chapitre de collectif

###Extrait, p. 24-25
«  […] [L]a Vie de Joseph Roulinme paraît être une rallonge, en 1988, des Vies minusculespubliées en 1984, non sans quelque évolution et quelques différences. Minusculeavec son suffixe diminutif en cul(e)ne représente pas seulement l’anti-superlatif du grandissime et du grandiose, dans le sens, par exemple, où un groupusculed’anarchistes ne fait pas le poids face aux “grandspartis” démocratiques ou pas. Dans le quantitatif, de telles existences ne pèsent pas lourd. Ces personnages-là sont souvent des minus, de l’idiot du village aux cinglés de l’asile, mais le suffixe plus affectueux que diminutif, plus fraternel que condescendant, leur confère, à travers une fraternité complice plutôt que compatissante, une humanité comparable à celle des grands poivrots dostoïevskiens. » ###

VOIGNIER, Hubert, « Vie de Joseph Roulin : un portrait de seconde main ? », dans Agnès CASTIGLIONE (dir.), Pierre Michon, l’écriture absolue. Actes du 1er colloque international Pierre Michon, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2002, p. 107-117. +++ Chapitre de collectif

BEAULIEU, Étienne, et Sarah ROCHEVILLE, « L’autre incarnation : l’altérité de la lettre dans Vies minuscules et Vie de Joseph Roulin de Pierre Michon », dans Dominique LAPORTE (dir.), L’Autre en mémoire, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2006, p. 45-52. +++ Chapitre de collectif

### Présentation de l’éditeur
Le rapport de soi à l’autre et d’individus à une collectivité repose sur la croyance en la capacité de la culture, non seulement à fixer, à conserver et à éveiller le souvenir de soi chez l’autre, ou vice versa, mais aussi à révéler le moi à lui-même et à le conforter dans son identité. Malgré sa capacité de stockage, la culture – et notamment la littérature – cumule toutefois les pertes, les altérations et les oublis symptomatiques de critères selon lesquels toute trace identitaire est, de par l’exemplarité qui lui est assignée ou non, conservée, modifiée ou effacée : d’où l’influence des modalités et des codes selon lesquels le moi ou l’autre est jugé ou non suffisamment représentatif pour être gardé et remis en mémoire. ###

FERRATO-COMBE, Brigitte, « Déplacements du modèle dans la fiction biographique de peintre : Christian Garcin, Guy Goffette, Pierre Michon », Recherches et travaux, vol. 68 (2006), p. 71-85. +++ Article de revue



Vie de Joseph Roulin (oeuvre)
TitreVie de Joseph Roulin
AuteurPierre Michon
Parution1988
TriVie de Joseph Roulin
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