Paysage fer

François Bon, Paysage fer, Paris, Verdier, 2000, 96 p.

« Tout un hiver, chaque jeudi, le train Paris-Nancy. On suit la Marne, puis la Meuse et la Moselle. Vieilles usines défaites, gares désertes, cimetières au pied des immeubles… Vient le temps des inondations, ensuite de la neige. De semaine en semaine, l’éclairage diminue, les villes s’allument. La cimenterie, la boîte de nuit, c’est à Toul ou à Commercy ? À chaque trajet, de cette manière fascinante et profuse, on enrichit le détail par écrit, sans revenir sur l’état premier. Travail du regard sur ces apparitions répétées, fragmentaires, discontinues, afin d’inscrire la réalité dans un espace recréé jusqu’à ce que forme et construction l’emportent sur le chaos de la vision –  beauté arrachée à un paysage dévasté pourtant tellement riche d’humanité. »

Documentation critique

VRAY, Jean-Bernard, « François Bon, chiffonnier de la mémoire collective dans Paysage fer », dans Yves CLAVARON et Bernard DIETERLE (dir.), La mémoire des villes, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2003, p. 107-122. +++ Chapitre de collectif

###« La démarche de François Bon dans Paysage fer peut évoquer l’ “historien authentique”, nommé aussi “historien matérialiste” par W. Benjamin dans le texte des Écrits français sous-titré “Sur le concept d’histoire”, dernier écrit rédigé au printemps 1940 […]. L’appréhension du paysage urbain “par les derrières de la ville”, dans un “dire écarquillé”, est une forte figuration de cette démarche en littérature. L’historien matérialiste selon Benjamin “est tenu de brosser à contresens le poil trop luisant de l’histoire”. N’est-ce pas la démarche de Bon, qui prend à rebrousse-poil la “convention accumulée” d’un réalisme qui se survit ? » ###

VRAY, Jean-Bernard, « Le paysage fer de François Bon », dans Arlette BOULOUMIÉ et Isabelle TRIVISANI-MOREAU (dir.), Le Génie du lieu. Des paysages en littérature, Paris, Éditions Imago, 2005, p. 340-351. +++ Chapitre de collectif

###« À contre-titre, c’est une géographie humaine, très humaine ; des “images de l’histoire” que nous livre Paysage fer, ce petit récit vif-argent, cette remontée par la perception des traces dans l’histoire du siècle et d’un pays, un livre qui peut se définir selon une formule qui y dit l’aimantation du regard ; “Cela qui est nous, tellement nous.” Des Campagnes de Russie de Trassard aux paysages urbains ou périurbains des Passagers du Roissy-Express de François Maspero, de Zones de Jean Rolin ou Paysage fer en passant par les Paysages originels d’Olivier Rolin, jusqu’aux paysages détruits par la guerre de Balkans-Transit ou Les abeilles et la Guêpe, le paysage ne cesse de mobiliser l’invention des romanciers qui explorent le récit (en connivence avec la photographie) pour “d’étranges voyages en notre pays même”, ou plus loin. » ###

ZANGHI, Filippo, « “Quelque chose s’est préparé” : le paysage sous tension chez François Bon », Versants, n° 52 (2006), p. 11-30. +++ Article de revue

###« Qu’en est-il du paysage, dans Paysage fer de François Bon ? Notre étude aimerait apporter quelques éléments de réponse à cette question. […] Qu’est-ce qu’on voit ? Comment le perçoit-on ? Quelles sont les médiations qui nous permettent de l’appréhender ? En parallèle, nous essaierons d’être attentif aux résonances de ces questions dans l’écriture. » ###

ARMSTRONG, Joshua, « Writer, Window, World: Jean Rolin’s Perishing Panoramas and François Bon’s Fleeting Frame », dans Contemporary French and Francophone Studies, vol. 17, n° 4 (septembre 2013), p. 462-471. +++ Article de revue

### Abstract
This article looks at the role of windows in Jean Rolin’s Zones (Paris: Gallimard, 1995) and François Bon’s Paysage fer (Lagrasse: Verdier, 2000). In these works, and other contemporary works like them, French authors go to windows in chain hotel rooms and trains in order to find surprising vantage points onto fringe, problematic urban spaces. Rolin’s chaotic streetbound descriptions in Zones are punctuated and complemented by his high-perched window views that provide momentary framings of everyday life—perishing panoramas in which we glimpse the way things like the free market and globalization are affecting life in and around the city. Bon’s train window in Paysage fer is in constant movement as he attempts to catalogue all he can see. He adapts his prose to the speed of perception, producing an image that is less a coherent mapping than an impressionistic landscape composed of intensities of affect and rhythm. In both works, literary invention springs from attention. Rolin and Bon allow the window’s framing and fleeting qualities to poetically guide their style, as they carve out islands of cohesiveness in some of the urban spaces most recalcitrant to viewing and to meaning.

Armstrong, 2013, PDF ###

LETENDRE, Daniel, « À la cheville des temps. La construction du présent dans la littérature narrative française au tournant du XXIe siècle », thèse de doctorat, Faculté des arts et des sciences, Université de Montréal, 2013, 368 f. +++ Thèse de doctorat / mémoire de maîtrise

### Résumé
Cette thèse de doctorat met en lumière les stratégies narratives déployées dans le récit français actuel pour représenter et construire son présent. L’hypothèse principale que cette recherche vérifie est la suivante : la littérature narrative d’aujourd’hui, par le recours à une énonciation entremêlant discours et narration ainsi que par une utilisation critique et pragmatique du passé, réplique au « présentisme » observé par François Hartog, cette perspective sur les temps dont le point d’observation et le point observé sont le présent. Les écrivains contemporains mettent en place un régime de temporalités où passé et avenir sont coordonnés au présent pour pacifier le rapport entre les trois catégories temporelles et faire apparaître un présent qui, sinon, demeure narrativement insaisissable ou soumis à l’autorité d’un passé ou d’un avenir qui dicte ses actions. En distinguant leurs textes du genre romanesque et du mode narratif qui le compose, Pierre Bergounioux, François Bon, Olivier Cadiot, Chloé Delaume, Annie Ernaux, Jean Echenoz et Olivier Rolin, entre autres, s’inscrivent dans la tradition énonciative du récit, ici entendu comme genre littéraire où l’énonciation et le texte en formation sont à eux-mêmes leur propre intrigue. Le sujet d’énonciation du récit contemporain cherche à élucider son rapport au temps en ayant recours à des scènes énonciatives qui ont à voir avec l’enquête et l’interlocution, de manière à ce que d’une anamnèse personnelle et intellectuelle, de même que de la confrontation d’une mémoire avec son récit jaillissent les caractéristiques d’une expérience du présent. Or, une des caractéristiques du présent expérimenté par le sujet contemporain semble être une résistance à la narration et au récit, rendant alors difficile sa saisie littéraire. Cette opposition au récit est investie par des écrivains qui ont recours, pour donner à voir l’immédiateté du présent, à la note et au journal, de même qu’à des genres littéraires qui mettent en échec la narration, notamment la poésie. En dépit de leurs efforts énonciatifs pour extraire le présent de l’opération qui le transforme en passé, ces écrivains font tout de même l’expérience répétée de la disparition immédiate du présent et de leur incapacité à énoncer littérairement un sentiment du présent. Le seul moyen d’en donner un aperçu reste alors peut-être de chercher à construire le présent à partir du constat répété de l’impossibilité d’un tel accomplissement.

Abstract
This doctoral thesis highlights present-day French authors’ narrative strategies used to illustrate and conceive the present. Our central hypothesis is that through an act of utterance intermeshing discourse and narration, as well as the critical and pragmatic use of references to the past, today’s narrative literature offers a counterpoint to the “presentism” described by François Hartog (i.e. a retrospective look at eras in which the present is both the vantage point and the point under observation). By so doing, contemporary authors offer a system of historicities where the past and the future are linked to the present in order to reconcile the link between the three temporal categories and reveal a present which, otherwise, would remain narratively elusive or subrogated to the authority of a past or a future that dictates its behaviour. By distancing their works from the fictional genre and from the narrative form it embodies, Pierre Bergounioux, François Bon, Olivier Cadiot, Annie Ernaux, Chloé Delaume, Jean Echenoz and Olivier Rolin, amongst others, are part of the enunciative tradition of the narrative, considered here as a literary genre in which the enunciation and the text in gestation are, in and of themselves, their own intrigue. In the contemporary narrative, the aim of the enunciation subject is to clarify its relationship to time by using enunciative scenes having to do with this quest and the conversation so that from a personal and intellectual anamnesis, as well as from the clash of a memory with its recounting, emerge the characteristics integral to the present experience. And yet, one of the characteristics of the present that the contemporary subject experiences seems to be a resistance to narration and to storytelling, which makes it almost impervious to literary analysis. Authors take up this opposition to storytelling by using, in an effort to bring the immediacy of the present to the foreground, the note, the journal entry, and literary genres that thwart narration, such as poetry. In spite of their enunciative efforts to distil the present from the operation that transforms it into the past, these authors are nevertheless faced, time and again, with having to live the immediate dissipation of the present and their inability to capture in a literary form its essence. Perhaps the only way to offer a glimpse of this is to try to create the present by repeatedly showing the impossibility of such an achievement.


Le corpus étudié de François Bon comporte également Daewoo. ###

KOHLHAUER, Michael, « Choses vues du train : François Bon, Paysage fer », dans Raluca BATRANU, Elisa BORGHINO, Isabelle PATROIX (dir.), Un autre regard sur l’objet, Laboratoire LLSETI (École doctorale), 2015. +++ Chapitre de collectif

VRAY, Jean-Bernard, « Perception du paysage et estrangement dans Paysage fer de François Bon », dans Danièle MEAUX et Jean-Pierre MOUREY (dir.), Le Paysage au rythme du voyage, Saint-Etienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2011. +++ Chapitre de collectif

Paysage fer (oeuvre)
TitrePaysage fer
AuteurFrançois Bon
Parution2000
TriPaysage fer
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